Pourquoi vider périodiquement un étang?

Un étang est une étendue d’eau d’une profondeur maximum de 1,5 mètres. Avec cette faible profondeur, la lumière peut pénétrer aisément dans l’eau et sa température est quasi homogène jusqu’au fond de l’étang. Au-delà de 2 mètres on parle de lac dans lequel ces deux conditions varient avec la profondeur; une autre faune et une autre faune s’y développent.

La lumière permet de faire vivre tout un univers végétal (plantes, algues) qui l’utilise, réalise la photosynthèse et génère de l’oxygène. Ce dernier se dilue dans l’eau et est consommé par un autre univers, l’univers animal (poissons, écrevisses, larves, …).  Plantes et algues absorbent aussi le gaz carbonique (CO2) généré par la dégradation de la matière organique (animal mort, déjections, …).  Voilà décrit un magnifique écosystème qui devrait fonctionner éternellement s’il n’était perturbé par divers éléments que la mise à sec ( l’assec )[1] de l’étang tend à corriger.

Tout d’abord, les ruisseaux alimentant l’étang charrient des débris organiques et inorganiques. Lorsqu’ils atteignent l’étang la vitesse de leurs eaux diminue et les éléments transportés se déposent, le plus gras d’abord puis les boues. Sans assec ces alluvions finiraient par combler l’étang qui disparaîtrait sous les roseaux puis sous les arbres et arbustes qui y trouveraient les éléments nécessaires à leur croissance. Lors de l’assec, la mise à l’air libre de ces boues va les oxyder et permettre à l’eau prisonnières entre ces minuscules éléments de s’évaporer. Le résultat final est un tassement et un assèchement de des boues ce qui  redonnera de la profondeur à l’étang.

Ensuite, l’accumulation de matières organiques en décomposition produites naturellement dans l’étang génère une quantité surabondante de  CO2 que les plantes aquatiques ne peuvent plus absorber. Le phénomène peut aussi être accentué par l’apport non voulu d’engrais, par l’air et les ruisseaux, provenant des activités agricoles dans le bassin versant de l’étang. Ces engrais favorisent une prolifération des populations de plantes aquatiques et d’algues, ce qui entraîne une double action  négative pour la vie de l’étang :

  • plus de plantes génère plus de CO2 qui se dissout et s’ajoute à celui produit par la décomposition des matières naturelles de l’étang.
  • Plus de CO2 dissout laisse moins place pour l’oxygène et tend à asphyxier la faune de l’étang.
  • Ce sont les plantes dont les feuilles sont proches de la surface qui vont absorber un maximum de lumière et précipiter la mort des végétaux du fond de l’étang.

Cette détérioration de la faune et de la flore est connu sous le nom d’eutrophisation.               A terme c’est la mort de l’étang si ces situations ne sont maîtrisées.

Enfin, le niveau de l’eau étant au minimum, il devient relativement facile de collecter les poissons et écrevisses qui se réfugient dans les quelques trous et les chenaux alimentés par les ruisseaux.                                                                                                                                            Cette pêche, miraculeuse pour être abondante, permet la régulation des populations de poissons de l’étang. Une évaluation du nombre de poisson de chaque espèce est effectuée puis une partie est remise dans l’étang. Les poissons restants sont utilisés pour rempoissonner d’autres étangs ou vendus aux restaurateurs et autres amateurs.   L’opération permet aussi de rajeunir les populations en prélevant les plus gros individus de chaque espèce qui sont généralement aussi les plus âgés. C’est la catégorie qui est la plus vorace en végétaux pour les herbivores (carpe, tanche, …) et en petits ou jeunes poissons pour les prédateurs comme la truite et le brochet.

Finalement, après le tassement et l’assèchement des boues, la prévention de l’eutrophisation et la régulation des populations de poissons, les planches du moine peuvent être replacées. L’étang va peu à peu se remplir et il pourra alors reprendre une vie paisible avant un nouvel assec dans 3 ans.


[1]  L’assec est réalisée par l’organe destiné à maîtriser le niveau de l’eau à l’aide de planches amovibles s’appelle un moine (invention des moines cisterciens, d’où son nom). Cette structure permet d’évacuer l’eau de l’étang vers la rivière en aval.

 

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